Association de Psychanalyse et d’Anthropologie Recherche Transmission Echange

Présentation

L’APARTÉ, réunit des analystes qui, outre leur orientation freudienne commune et leurs références diverses aux grands courants théoriques qui en sont issus tentent loin de tout dogmatisme et toujours dans une approche théorico-clinique d’élaborer une réflexion sur plusieurs axes :

  • la psychanalyse dans un monde en mutation, où les frontières entre virtuel et réel s’estompent de plus en plus et on assiste à l’émergence de nouvelles entités cliniques ;
  • une nécessaire ouverture à d’autres disciplines, en particulier l’anthropologie - étant donné les questions posées par le bouleversement actuel des structures identitaires et sexuelles -, mais aussi la philosophie, la littérature, l’art, l’histoire, la pédagogie.
  • la psychosomatique, ses apories théoriques et ses grandes possibilités cliniques ;

L’activité de l’association est centrée d’une part sur la formation des candidats à l’habilitation au titre de psychanalyste, par des séminaires et des week-ends de travail, des supervisions individuelles et collectives et la rédaction d’un mémoire ; d’autre part sur la recherche au sein de groupes se réunissant autour d’un thème de leur choix intégrant la dimension interdisciplinaire et la formation à l’intervention dans le champ médicosocial et la prise en charge de la souffrance au travail, à l’école, dans la famille et de la violence en général.

Elle accueille, dans un esprit de respect mutuel et d’exigence quant au savoir théorique, au parcours psychanalytique et à l’attitude éthique, de jeunes collègues désirant une formation à la fois ouverte et approfondie et des collègues expérimentés souhaitant appartenir à une institution à l’esprit collégial ouvert.

Maria PIERRAKOS et Jacques LEVINE

LA PLACE DE LA PSYCHANALYSE

En droite ligne des Stoïciens, qui recommandaient de « connaître l’être et vivre selon l’être », Spinoza nous a enseigné que, pour être libre, l’homme se devait d’accepter la nécessité, c’est-à-dire de tenir compte du déterminisme qui faisait de lui ce qu’il était. Puis beaucoup plus tard est venu Freud, qui n’a pas eu d’autre objectif, tout au long de sa vie, que de connaître l’être humain, le connaître sans complaisance, sans illusion, avec, à l’intérieur de lui, un autre langage, inconscient celui-là, faisant intervenir le corps, le pulsionnel, les conflits intérieurs, les désirs, la sexualité…

Avec la découverte de l’inconscient, la connaissance de l’homme a franchi un pas considérable. Et tout particulièrement avec cette idée fondamentale que l’homme s’inscrit dans une triple continuité : une inscription dans l’histoire de l’humanité et dans une filiation, une continuité conscient-inconscient et une continuité entre l’enfant et l’adulte.

Du temps de Freud, les névroses pouvaient s’expliquer par des conflits liés à la répression de la sexualité, à la culpabilité provenant d’un surmoi très contraignant et au refoulement des désirs. C’est pourquoi c’est surtout la période dite œdipienne de l’enfance qui a retenu toute l’attention. Près d’un siècle plus tard, les modes d’éducation se sont révélés beaucoup moins contraignants, les leçons tirés de la psychanalyse ont fait leur chemin, même avec excès parfois, les bouleversements économiques, les nouvelles structures familiales font que le contexte est très différent.

Et l’on s’aperçoit que bien souvent les demandes de nos patients sont inconsciemment une demande fondamentale, existentielle, de droit à une vie plus complète, une demande d’acceptation, de reconnaissance d’eux-mêmes pour être entiers, comme s’il leur avait manqué quelque chose d’essentiel, et même deux outils essentiels. Ils expriment implicitement une double demande de droit au lien. Le lien qui doit impérativement s’établir au moment de l’entrée dans la vie et le lien qui institue le sujet comme membre à part entière de la communauté des humains avec non seulement son passé, son présent, son futur personnel mais avec son histoire collective et son affiliation dans l’histoire universelle des vivants…

Tout ce qui menace, voire anéantit la possibilité de s’étayer et de s’organiser sur la structure institutionnelle s’inscrit comme une violence faite à l’humain dans sa nécessaire dimension sociale. Cela génère toute une gamme de symptômes allant de la violence à la dépression et implique tant une nouvelle écoute que de nouvelles réponses thérapeutiques. Nous sommes sous le signe d’une époque où la déliaison sociale propose à l’individu un étayage paradoxal qui le prive de la possibilité de structurer sa part institutionnelle en l’obligeant à majorer trop fortement la part clivée moïque de son narcissisme, tout en ayant à investir le social sans en avoir les bases. L’institutionnel se présente comme référence obligatoire tout en se dérobant jusqu’à disparaître en tant qu’appui. D’où la violence faite à l’être humain.

Que Freud ait mis l’accent, dans sa recherche de compréhension des rapports entre l’individuel et le social, sur l’Oedipe, n’est pas un hasard à une époque où, au contraire de ce qui se passe actuellement, la forte organisation sociale reflétée par des familles structurées était susceptible d’offrir un bon étayage, de telle sorte que les difficultés relationnelles et la pathologie pouvaient être attribuées aux conflits intrapsychiques.

Il n’en va plus de même aujourd’hui. De nos jours, c’est l’individuel qui est malade de son institutionnel.

Annie LEVINE, première présidente de l’APARTÉ.